En ses étapes ordonnées, la démarche de Jean de Maisonseul, unique dans l'art contemporain, apparaît rigoureusement réfléchie et tout à la fois libérée de toute contrainte. “L'étendue dans le temps du travail des différents dessins et le passage à la peinture à l'huile conduisent à des modifications, des variantes, des fantaisies suivant l'heure et l'humeur du peintre et des propositions plastiques possibles”, précise-t-il. Le dessin préparatoire n'est que “filet protecteur”, les peintures au-delà “sont livrées à l'aléatoire des grands jus, clairs-obscurs monochromes colorés”, confie Maisonseul de ses Pierres de Nuit. Le calcul de la trame, moyen et non recette, n'emprisonne pas la démarche du peintre, lui assure plutôt les conditions d'une découverte créatrice. Cette découverte apparaît chez Maisonseul simultanément plastique et poétique. Dans la reconstruction solennelle de l'espace transparaît un univers tout de silence. Au plus profond de la durée géologique Maisonseul fait entrer dans l'instant arrêté de la présence la plus pure, “affleurer la conscience palpable de l'infini”, écrit Michèle Domerc Vidal préfaçant les “Pierres de la Nuit” (Le Haut Quartier, Pézenas, 1984). Dans l'espace de ses œuvres “physique et métaphysique” s'articulent et communiquent, observe Lorand Gaspar (“Je suis entré dans la peinture de Jean de Maisonseul par les pierres”, Musée Picasso, Antibes, et Centre Culturel Français d'Alger, 1988-1989). Stéphane Gruet insiste semblablement sur la dimension “métaphysicienne” de son œuvre. “C'est l'impression d' 'originel' qui immédiatement s'impose devant ces tableaux (...), l'esthétique la plus haute renvoie à la métaphysique la plus nue” analyse encore Jean-Claude Villain (“L'enracinement de l'originel”, dans “Lœss” n° 24, Saint-Martin-de-Cormières, avril 1986, p. 24)). “Chaque fois, Jean de Maisonseul fixe une visitation”, écrivait Jean Sénac en 1968 (“Jean de Maisonseul”, Centre Culturel Français, d'Alger, 1968) : “Ce n'est pas impunément que le peintre a vécu avec Camus la genèse des 'Noces'. Il ne s'agit pas d'arrêter le temps mais d'échapper par un instant, un signe, immobilisés dans leur vif, à notre inacceptable temps mortel”, ou bien, dans ses œuvres ultérieures, de tenter de rejoindre, au-delà de ce temps mortel, l'instant perpétuel du monde. Michel-Georges Bernard - http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_Maisonseul
A-pic, 1989
Brume du matin, 1979
A propos de ces œuvres Jean de Maisonseul résume en 1992 et 1994 (“Pour Mémoire”, Espace Interrogation, Toulon, 1992 ; “A la recherche d'un tracé régulateur”, dans “Poïesis” n° 3, Toulouse, 1995) les étapes de sa démarche. Il redéfinit en peinture l'usage du “tracé régulateur”, familier à sa pratique architecturale, qui selon Le Corbusier “confère à l'œuvre l'eurythmie” et apporte “la perception bienfaisante de l'ordre”. Le principe, écrit Jean de Maisonseul, “consiste à relier par des droites les points donnés par les modules des quatre côtés de la surface du support, ouvrant ainsi plusieurs éventails dont le recoupement des branches propose de multiples points de passage possible, points structurant la représentation qu'on se propose. (...) Un point nous donne le chemin.” En un premier dessin Jean de Maisonseul esquisse au long de ces points d'articulation les tensions qui porteront les mouvements du regard, menant à “une construction qui devient écorce, sculpture, architecture”. Un second dessin y infiltre par le clair-obscur “ombres, lumières, pénombres”. Dans le troisième les couleurs introduisent “la radiation de la lumière, ses modulations”. En un dernier moment le peintre poursuit sa recherche sur des contreplaqués de grands formats “par des frottis et des glacis de couleur étendue sur des enduits de haute pâte”.
C'est le château inverse de La Falaise et du Gouffre (1979) que fait apparaitre quelques années plus tard la série de l' Affleurement des eaux à la Fontaine-de-Vaucluse. Au spectacle de la déconstruction au long du temps succède celui des constructions mêmes de la pierre, le dévoilement de ses premières architectures. “Pour qui sait le tragique, il n'est d'autre réalité que l'apparence des formes faites et défaites par la vie”, notera Maisonseul (“Louis Bénisti”, Espace Interrogation, Toulon, 1993). Sur ses dessins et peintures monochromes l'eau se fait pierre fluide, la roche eau densifiée. L'univers de la pierre semble chez Maisonseul contenir toutes les formes, jusqu'à celles du corps humain (Roche et eau, 1978). Dans la voie de cette minéralisation, le ciel même se fait roche transparente en suspension (Brume du matin, 1979), l'arbre château de pierre vivante (Arbre de nuit, 1982; Écorces de la nuit, 1990-1991).
L'œuvre picturale ...suite
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Jean de Maisonseul